JUSTICE POUR MOUSSA BALDE : 11/2/26, UN VERDICT IMPORTANT, LA LUTTE CONTINUE

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JUSTICE POUR MOUSSA BALDE
UN VERDICT IMPORTANT,
LA LUTTE CONTINUE

Le 11 février 2026, le tribunal de Turin a rendu son verdict dans le procès concernant la mort de Moussa Baldé, décédé le 23 mai 2021 au centre de rétention (CPR) de la ville.

Moussa, jeune Guinéen de 23 ans, y avait été enfermé après avoir subi une violente agression raciste à Vintimille. Malgré un état de grande vulnérabilité psychologique, il avait été placé à l’isolement. Quelques jours plus tard, il mettait fin à ses jours dans sa cellule.

Le tribunal a condamné l’ancienne directrice du centre, géré par la multinationale GEPSA, à un an de prison avec sursis pour homicide involontaire. Avec sa société, elle devra également verser plus de 300 000 euros à la famille comme indemnisation provisoire.

Soyons clairs : ce procès est né d’une frustration majeure. Les représentants de l’État n’ont jamais été sur le banc des accusés. Or ce sont bien les politiques publiques qui organisent l’existence des CPR, qui décident de l’enfermement administratif des personnes étrangères et qui rendent possible ce système.

Dès la première audience, le frère de Moussa, Thierno Baldé, l’avait affirmé : « Le véritable responsable de la mort de Moussa, c’est l’État. Le système des CPR est injuste et j’attends de ce procès qu’il rende justice. Mon frère était arrivé en Italie pour aider notre famille. Il n’avait rien fait de mal, il voulait seulement améliorer sa vie et la nôtre. Personne ne l’a aidé quand il souffrait. »

L’État n’était pas jugé. Pourtant, il reste politiquement responsable du système qui a broyé Moussa. Malgré cela, ce procès a produit des effets importants. D’abord, au fil des audiences, il a permis de mettre en lumière les conditions de détention indignes qui ont cours dans les CPR : isolement, absence de prise en charge adaptée, manque de contrôle réel. Ce qui est arrivé à Moussa n’est pas un “drame individuel”, mais le produit d’un système.

Ensuite, la justice a reconnu qu’il y avait des responsabilités dans son décès et a pris en compte la souffrance de la famille Baldé. Cette reconnaissance est importante : elle pourrait ouvrir la voie à ce que des responsabilités soient reconnues pour toutes les victimes des politiques migratoires et que la douleur des familles ne soit plus ignorée.

Enfin, ce verdict envoie un signal dissuasif aux entreprises qui participent au business de la répression contre les personnes étrangères. Collaborer à l’enfermement des personnes migrantes n’est pas neutre, et ce n’est pas sans risque. Comme l’a déclaré l’avocat de la famille, Gianluca Vitale : « Le verdict doit servir d’avertissement à quiconque souhaiterait gérer des lieux comme les CPR, qui ne devraient pas exister. Il doit savoir qu’il pourrait être tenu responsable, y compris pénalement, de ce qui s’y passe. Le tribunal a reconnu la responsabilité de l’organisme gestionnaire du centre dans la mort de Baldé. Malheureusement, la responsabilité de l’État est restée hors de ce procès, car il n’y avait aucun contrôle réel de la préfecture ».

Pour les proches de Moussa, ce verdict représente un immense soulagement après des années de lutte. Il ouvre enfin la possibilité de commencer un véritable travail de deuil. Une grande commémoration en l’honneur de Moussa aura lieu en Guinée-Conakry à l’occasion des cinq ans de son décès. Les fonds restants du précédent voyage serviront à organiser cet hommage.

Nous remercions chaleureusement toutes les personnes solidaires qui ont rendu possible les différents voyages des membres de la famille en Italie pour participer à ce procès. Leur présence essentielle a largement contribué à la réussite de ce combat devant la justice.

Nous remercions la famille Baldé dont nous saluons l’immense courage. Malgré la douleur d’avoir perdu un être cher, la famille Baldé a su trouver les ressources pour se battre pour la mémoire de Moussa mais aussi pour toutes les autres personnes victimes des politiques migratoires européennes injustes, racistes et meurtrières.

Ce verdict ne clôt rien. Il nous rappelle au contraire l’urgence de continuer à lutter contre tous les lieux de privation de liberté et contre les politiques migratoires qui produisent enfermement, violence et mort.

Nous partageons ci-dessous la réaction de la famille à ce verdict :

Mesdames et Messieurs, chers amis et alliés,

La famille BALDE vous exprime sa profonde gratitude pour votre soutien indéfectible dans ce long et difficile combat pour la justice et la dignité.

Le 11 février 2026 restera une date gravée dans nos mémoires, car c’est le jour où la justice italienne a enfin rendu son verdict, reconnaissant la responsabilité de la direction du Centre de Permanence pour le Rapatriement de Turin dans le décès tragique de notre frère Moussa BALDE. Cinq ans après cette tragédie, nous sommes soulagés de voir que la vérité commence à éclaire les zones d’ombre de cette affaire. Le tribunal a établi un lien direct entre les conditions de détention inhumaines et la mort de Moussa, et nous saluons cette décision courageuse.

Mais nous ne sommes pas encore au bout de notre chemin. La famille BALDE est satisfaite de cette première victoire judiciaire, mais elle sait que le combat n’est pas terminé. Nous devons nous assurer que les réparations financières et les sanctions soient effectives, et que les responsables soient tenus pour compte.

C’est pourquoi nous sommes impatients de rencontrer notre avocat, Maître VITALE, pour comprendre le fond de ce verdict et la marche à suivre pour l’avenir. Nous ne pouvons pas exprimer totalement notre joie tant que nous n’aurons pas eu cet entretien formel et confidentiel.

Le 23 mai 2026, nous commémorerons le cinquième anniversaire de la disparition de Moussa. C’est l’occasion pour nous de rendre un dernier hommage à ce jeune homme qui a perdu la vie dans des conditions inacceptables. Paix à son âme.

Nous remercions chaleureusement Maître VITALE et toute son équipe pour leur dévouement et leur expertise. Votre travail a permis de faire éclater la vérité et de rendre justice à Moussa. Nous remercions également tous les collectifs et organisations de la société civile italienne qui nous ont soutenus dans ce combat. Votre solidarité et votre engagement sont un espoir pour l’avenir.

Ensemble, nous continuerons à lutter pour que les droits humains soient respectés, pour que les victimes de l’injustice soient entendues et pour que la dignité soit restaurée.
Merci.