« Dé-payser » de Laure Nillus, installation visuelle & sonore

Dé-payser 

Installation documentaire visuelle et sonore
Réalisation : Laure Nillus
Montage sonore : Caroline Parietti
2024

Dé-payser – soutenu par la SCAM, la DRAC PACA, les Ateliers Médicis et la fondation Un monde par tous – est une proposition documentaire immersive qui met en relation des récits sonores avec les images des lieux où ils ont été vécus. Le territoire ainsi recomposé est celui des vallées montagneuses de la Nervia et la Roya qui courent jusqu’aux villes côtières de Menton et Vintimille – décor d’un théâtre de violences. Dans cette création sonore polyphonique se mêlent les histoires d’habitant·e·s, aidant·e·s et personnes en situation d’exil ayant cherché à traverser la frontière franco-italienne fermée depuis 2015. En résonance à cette composition de mots et de sons recueillis sur place – se déploient sur les murs de l’espace des photographies figées en noir et blanc des lieux de cette zone frontalière. Pour compléter le dispositif, des sous-titres en trois langues s’affichent et des travellings vidéo de paysages abîmés défilent. Le tout prend place au cœur d’une structure octogonale démontable de 20m2, composée de bois et de métal, inspirée des travaux de Charlotte Perriand.

Influencée par l’expérience du cinéma, Dé-payser a un début comme une fin et se déroule ainsi : en entrant dans la structure, les images figées et en mouvement accaparent l’espace visuel tandis que les sons peu à peu emplissent le champ auditif. Le dispositif invite à la déambulation. Puis les lumières se tamisent, les vidéos se suspendent et le public prend place assise. Le son se fait alors maître du jeu. Les voix s’entremêlent, accaparent les oreilles et les yeux, puisque les langues dites sont traduites en mots écrits projetés. Lorsque sa propre langue est parlée, la possibilité de poser le regard sur les photographies faiblement éclairées – images qui prennent sens au fil des récits – nous est offerte. Ou alors fermer les yeux pour se laisser bercer par le grain d’une voix et les paysages sonores qui envahissent la pièce. Durant 1h30, chaque personne du public compose ainsi son propre montage visuel, en écho à ce qu’elle entend.

Cette installation est aussi une réflexion autour de l’expérience collective du public et ne peut être vécue que in situ. La structure peut accueillir 15 personnes à la fois, qui sont invitées à passer un temps long ensemble dans un espace clos, pour être confrontées à un récit pluriel de l’exil qui interroge leur responsabilité collective.