Journée en hommage à Thibaud DIMANCHE 24 NOVEMBRE
repas partagé à la salle des Fêtes de SAORGE
Quelques images avec et pour toi, Thibaud, cher ami, dont les mélodies, les chants et les combats partagés continueront de nous accompagner longtemps. Tout comme ces marches dans ces montagnes, que tu aimais tant et que tu savais habiter pleinement.
Lien vers la petite vidéo-hommage, cliquez, diffusée pendant la cérémonie au funerarium mercredi 20 novembre.
Manon & Greg
La vallée de la Roya et tout notre territoire transfrontalier ainsi que le monde de la montagne
sont profondément bouleversé.es et affligé.es par le départ ce 10 novembre de Thibaud Duffey, frappé par une maladie foudroyante.
Il partageait avec une générosité et une simplicité sans pareilles.
« Des ponts pas des murs« , ce slogan il le faisait vivre au plus profond de lui et tout autour de lui. Il a été de toutes les luttes, de toutes les fêtes pour plus de vie, plus de solidarité. De la « Faites de la liberté » en 2016 à l’inénarrable fête PANTAÏ de la Soupe qui revenait à bout de bras d’année en année, de l’occupation des Lucioles à St-Dalmas pour offrir un abri plus digne aux personnes en migration pourchassées à l’accueil toujours renouvelé, tant et tant de fois, la porte toujours ouverte, il participe aux côtés de Morgan Dujmovic à l’élaboration de la carte du territoire pour l’Atlas des migrations 2017 : Frontière franco-italienne, cristallisation des violences, Migreurop (éd. Armand Colin), ou voir là sur le site de l’URMIS de l’université de Nice.
* Interview d’1h30 environ en mai 2018 par Hélène Mazin (merci à elle !), travailleuse sociale et chercheuse en sociologie, Lyon – philosophie (mise en pratique au quotidien !) de l’accueil, du partage, de la dignité et de la solidarité entre humains développée par Thibaud :
* Ci-dessous interviewé par le journal italien « Il fatto quotidiano » lors d’une mobilisation devant le Palais de justice à Nice en 2017 :
Aussi présent indéfectiblement tout au long des luttes pour le train, notre « Ligne de vie », pour les services publics de nos villages, la SAUVEGARDE des bureaux de poste, des écoles…
Vous trouverez ci-dessous des témoignages de personnes chanceuses de l’avoir rencontré. Nombreuses font partie de notre association Roya citoyenne.
Exercer l’écriture n’est jamais une chose simple. Quand on perd quelqu’un, parfois les mots jaillissent en foule, comme une source, et d’autres fois, ils se dérobent, insaisissables. Pour décrire une personne aimée, les contours des mots s’effacent, deviennent flous. On cherche, et la mémoire se fait lacunaire, fragile.
Je tente de me souvenir de la première fois où j’ai rencontré Thibaud. Ce n’est pas facile. Les images s’accumulent, désordonnées. L’épisode précis m’échappe, mais sa présence, dans ces années où les frontières regorgeaient de « voyageurs en transit », reste vive.
Je le revois, ce grand blond, ce géant gentil, avec son _spanitalianish_ , ce mélange de bouts d’espagnol et d’italien écorché, qui arrivait pourtant à se faire comprendre. Il avait cette façon unique de créer des ponts, entre nous, cette bande de jeunes à Ventimiglia, et ceux d’ailleurs. Il nous a ouvert les portes de la vallée de la Roya, où tout semblait inconnu.
Un pont. Voilà ce qu’il était. Capable de dessiner un espace de connexion là où tout semblait cloisonné. Grâce à lui, nous avons rencontré « les Français ». Je me souviens de ses premières explications sur les montagnes, les sentiers, l’histoire des lieux. À une époque où je ne savais même pas lire une carte IGN, ni me repérer. Il a été une boussole, me montrant comment poser mes premiers pas sur ce territoire.
Il y a eu cette invitation à Breil-sur-Roya, le premier repas partagé. Je ne savais même pas ce que c’était, ce concept, et je m’y suis retrouvée entourée de gens de tous âges, discutant, cherchant des solutions. À l’époque, tout ce que je connaissais, c’était la présence oppressante de la police.
Sa maison, un port. Une fenêtre toujours ouverte. Pour des personnes en voyage, cherchant protection et repos. Pour des militants européens, rencontrés cinq minutes plus tôt. Des amis. Des lits partout, sur d’immenses mezzanines, comme dans la cale d’un navire où des têtes apparaissent à chaque recoin. Dix, quinze personnes, parfois plus. Des sacs remplis de vêtements pour ceux qui avaient froid, des cartes SIM, des chargeurs, des téléphones.
L’imprimante en fonction continue, qui crachait des fanzines, des informations sur l’accueil et sur la France dans toutes les langues. Et au milieu, une table couverte de préparations, de transformations : des restes, des pierres, des mousses, des plumes. Une logistique mêlée à une générosité désarmante.
Je revois ces heures passées devant les cartes, traçant des itinéraires, échangeant dans toutes les langues : arabe, anglais, espagnol, italien, allemand, tigrinya, farsi, bengali. Et tellement de gestes pour se comprendre, parce que ce n’était jamais facile.
Et les débats, les itinéraires impossibles, les aventures rocambolesques et un peu folles pour essayer d’aider.
Puis il y a eu cette première promenade sur la frontière. “Il faut connaître le terrain”, disait-il. “Ne t’inquiète pas, c’est juste quatre heures à pied, de Pigna à Saorge.” Et moi, derrière ses longues jambes d’accompagnateur en montagne, à bout de souffle, écarlate après deux heures. Les pieds en feu, mais éblouie, pour la première fois, par la vue du vallon de la Bendola.
Le curieux, l’explorateur, celui qui partage. “Viens voir la cascade du vallon de Grana. Tu veux nager dans les gorges de la Bendola ?”
Les appels improvisés pour trouver des solutions, sans que nous nous comprenions vraiment, dans un mélange improbable de franco-italien. Ton sourire rassurant quand j’avais peur de la police, ou de ne pas comprendre un mot de français.
Tant de choses que nous avons vécues ensemble ne peuvent être racontées. Elles frôlent cette limite floue entre le légal et l’illégal. Mais elles appartiennent à cet espace lumineux de ce qui est juste, de ce qui relève de la fraternité, de la sororité, de l’humanité partagée.
Vagabond des vallons obscures et des grottes oubliées, arpenteur des crêtes à dragon, l’abrupt sans le vertige, toi l’érudit des cailloux, le chercheur d’empreintes du Permien, le cœur ouvert, l’amoureux des Carnavals Sauvages et des chapeaux fous de la Santa.
Tendre danseur de Mazurka niché dans les printemps de la place de l’ Église.
Des cercles circassiens à la porte grande ouverte.
Sa maison remplie. On ne laisse pas quelqu’un dans le vent mauvais.
Envers et contre tourte, les plantes à cuisiner, à partager, à faire macérer pour trinquer, péverine ou gentiane…
ô toi cher Génépi à la fleur de l’âge avec ton sourire de gamins en état d’ébriété.
FANFARE, merde ! Joue à nous fendre les oreilles !
Notre ami fou de joie quand se migeottait un gros coup de Pantai ! La soupe ça n’ a vraiment rien de louche, quoique ! Pas plus que le poisson des 1er Mai !
Le tonton baladeur d »enfants en brouette électrique , l’enchanteur des mioches accrochés à chacune de ses jambes immenses , ça hurlait sec dans les calades saorgiennes. Le jeu des chatouilles. Quel est l’homme qui joue entièrement avec les enfants ?
Toujours partant pour l’aventure, derrière sa rousseur dégingandée ! Une petite chanson et c est l’Estaca, les Ploucs de la République…
Un phrasé du bout de son fluteau ? ….perché sur un rocher au Mt Viso là où nous préférions regarder nos pieds.
Sorcier des chiappes. De la montagne aux bêtes sauvages à la montagne aux bêtes à bergers.
Toujours un œil pour les fleurs minuscules, les cristaux cachés du Capelet, les grigris en mélèze millénaire…
Dans les facettes multiples j’ajouterai au cueilleur de plantes folles rêches ou comestibles fragiles ou invincibles,
L’Accueilleur sans relâche des voyageurs sans lune, traqués des uniformes bleu marine, toujours ouvrir sa porte, préparer le repas à partager ensemble, croire toujours qu’on peut ainsi refaire le monde, un peu mieux recoudre les liens plutôt qu’ériger la haine et la peur de celles et ceux qui cherchent juste
Il était de tous les combats comme un pilier solide ,du plus loin que je me souvienne sa tignasse et son grand sourire ,sa désinvolture et sa force tranquille .
Quand nous étions nombreux à ouvrir nos portes , panser les blessures et agir pour que notre monde soit un peu moins dur à ceux qui n’ont plus rien , il était là.
Quand il fallait agir dans l’ ombre , il était là.
Sa maison pleine , son coeur rempli d’amour.
Je ne serais pas surprise que la-haut sur son petit nuage , il tende encore la main à ceux qui ont du mal à se hisser jusqu’au paradis.
Être de lumière, tu es dans mon esprit depuis que tu nous as annoncé ta maladie.. avec tant de courage sur la place de la république. Mon ventre s’est tordu, la tristesse m’envahit depuis ton départ précipité. Merci d’être passé dans ma vie. Tu me rappelles l’envie de vivre, j’ai cette image qui reste ancrée dans mon esprit où avec ton sourire d’enfant en train de me partager une de tes recettes dans le refuge de fontanalbe pour que j’ai moi aussi la joie et la surprise de concocter une recette simple pour le plaisir de manger avec ce qu’il y a autour de nous. Merci pour ta volonté de transmettre, de partager la joie de vivre. J’espère avancer dans ma vie et mettre en pratique le plus possible cet amour de l’exploration de la splendeur qu’est la vie. Merci merci merci
Dans tes yeux du rêve, dans tes pas de la force, dans tes paroles de la bienveillance, dans ton cœur de l’accueil, dans tes sourires de l’immensité. Quelque chose en toi en chemin vers la sagesse… Tu y arrives d’ailleurs bien tôt et bien vite… Ta vie pleine de sommets à gravir, de danses à tourner, de lieux à explorer, de paysages à contempler, d’amour à infuser.
TIBN, c’était lui dans mon annuaire téléphonique….
TIBo à Nous….pour le différentier des autresTibau.lt.d de mes connaissances.
A Nous, parce que amitié, équipe, parce que le Gars, tout sourire, que t’as envie de serrer dans les bras, cuistot enjoué et inventif de la Petite Épicerie, tarte aux carottes et tourte Saorgienne…plaisir de faire voler la pâte fine avec ses grandes mains, desserts farfelus et originaux……
Et toutes ces plantes qu’il prenait plaisir à nous faire connaître, déguster, que je regrette de pas avoir tout bien écouté….
Lorsque j’ai entendu parler de Thibaud pour la première fois, c’était en 2017, mon cousin Jérémy m’avait alors invité à venir passer le nouvel an à Saorge, mon premier baletti..
Il m’avait prévenu :
» T’inquiète, on va tous dormir en « tas » chez Thibaud ! »
J’ai compris plus tard que chez lui c’était le lieu de passage, de rencontre, de répit pour tant de personnes..
Des lits partout, des draps des couvertures, des mots sur les murs… chez Thibaud personne n’avait jamais ni froid ni faim.
Puis, lors de cette soirée de passage vers l’an 2018, il m’a fait danser ma première Mazurka.
Beaucoup d’autres s’en sont suivis depuis.
Côtoyer l’humanité de si près a été une chance, j’en ai toujours été consciente, admirative et reconnaissante.
Être aimée de Thibaud c’est doux.
D’amoureux nous sommes devenus amireux, toujours amis aimants et heureux.
Les valeurs et l’amour qu’il a transmis et porté à mon fils Olivier ainsi qu’à tous les enfants qu’il a pu rencontrer ne s’effacent pas, ne n’oublieront jamais.
Elles perdurent et perdureront à travers eux.
Thibaud est devenu ma famille.
Baignée de sa lumière particulière, douce et forte, j’ai affronté les démons de mon enfance, sans lui tout à côté de moi, à chaque étape, à chaque pas, je n’y serais pas parvenue.
Il est des hommes qui abîment, Thibaud est de ceux qui réparent, j’ai guéri en son sein.
Il avait cette particularité de n’être que très rarement fâché ou énervé (bon, fallait pas lui parler des flics ou des dentistes…!).
Toujours une expérience à tenter, toujours un endroit à découvrir, à faire connaître.
Il avait cette qualité qu’ont les passionnés : nous partager leur passion et nous la faire aimer sans que l’on s’en rende compte !
J’ai marché des jours près de lui sans en être fatiguée (ou pas trop..:).
Ce sera moins facile d’aller sans suivre ses pas, sans être près de lui, mais j’irai.
Il n’aimait pas que l’on se victimise, il n’aimerait pas que l’on se peine de trop, alors je décide qu’il est là partout près de nous, que son énergie s’est éparpillée dans les arbres, la rivière et les mésanges qui viennent me visiter parfois.
Je décide cela car autrement je m’effondre, et ça, ça lui ferait de la peine.
Plus que jamais Thibaud tu continuera d’accompagner nos vies à Olivier, à moi et à tous les enfants que j’accueillerai.
Il y a des chocs qui vous ôtent un voile. Dans le figement d’incompréhension, une main passe et retire, devant vos yeux humides et ébahis, quelque chose qui se plaçait entre vous-même et le monde. Ta grande main, Thibaud, continue de faire son œuvre, d’enlever des frontières en soi et entre les Hommes. On le vit déjà ici, sur ce groupe de discussion inondé de mots qui s’osent et se clament plus grands les uns que les autres. Car oui, Thibaud, tu es un être de grandeur. Fascinante capacité à accueillir en aimant, à aimer en accueillant. Alors, que ta main agisse plus que jamais, que ce choc vienne marquer chacun dans les entrailles ce qu’il a reçu de toi. C’est une chance de t’avoir croisé. Sois en paix. C’était un plaisir camarade, et je n’oublierai pas que je te dois mes plus belles mazurkas.