Hurler au loup… à Tende le 2/8/20, projection annulée de « Marche avec les loups »

LDH – Comité régional PACA

Loups, éleveurs : pour un débat public libre et apaisé.

La projection le 2 août à Tende par le Parc National du Mercantour du film « Marche avec les loups » de Jean-Michel Bertrand, qui prône la cohabitation loups/éleveurs, a dû prendre fin suite à l’irruption d’une quarantaine d’éleveurs et de chasseurs, accompagnés et soutenus par le maire de la commune, sous les yeux de 200 spectateurs (dont beaucoup d’enfants) incrédules et intimidés et des forces de l’ordre, présentes, qui ne sont pas intervenues.

Ce qui est en cause, c’est avant tout la censure d’un film et l’entrave de la liberté d’expression par une minorité mal-agissante, qui préfère employer la menace physique, l’invective et l’insulte plutôt que participer à un débat citoyen.

Mais c’est aussi la confrontation de plusieurs usages de l’espace naturel : c’est-à-dire de plusieurs droits d’usage qui s’appliquent sur tout ou partie du territoire français, y compris donc sur la commune de Tende. Rappelons que le maire, agent de l’État, est censé veiller à leur bonne application en bonne intelligence avec l’autorité administrative : le préfet, et l’autorité judiciaire : le procureur de la République.

La diversification des usages : résidence, pastoralisme, fréquentation touristique, gestion des forêts et de la nature, pratiques culturelles et sportives, équipements, services publics, a rendu plus complexe la gestion du territoire,  impliquant la prise en compte par les individus, les entreprises et les administrations (Parc, Collectivités territoriales, Etat) de logiques de plus en plus intégrées, tout en respectant les spécificités locales.

Le temps où les bergers assuraient la garde permanente des troupeaux est révolu, la sécurité du pastoralisme ne peut être assurée qu’en interdépendance avec les autres problématiques d’un espace naturel protégé comme le Mercantour.

Ainsi s’imposent peu à peu, à Tende, comme ailleurs, l’urgence de concilier activités humaines et  préoccupations environnementales majeures, dont au premier rang ici la préservation de la biodiversité, notamment par la préservation et parfois la réintroduction d’une vie sauvage, c’est-à-dire non domestiquée.

Les travaux de la dernière Université d’automne de la Ldh se sont clos sur un constat : « La question de l’environnement bouleverse notre monde et son avenir. Elle interroge nos droits et libertés. Le droit étant par essence anthropocentré, il faut très rapidement l’adapter à de nouvelles normes, ce qui doit constituer la troisième génération de droits universels : les droits environnementaux, après les droits politiques fondamentaux et les droits économiques et sociaux. »

Reste que cette notion d’« environnement » reste elle-même encore trop centrée sur l’Homme et qu’il devient urgent de considérer ce dernier comme l’une des expressions du vivant sur terre et non pas comme le maître auto-proclamé de la planète.

Accepter de partager avec le monde vivant un même territoire limité, c’est désormais une règle de survie, pour les éleveurs du Mercantour comme pour tous les êtres humains de la planète.

19 août 2020

Ligue des droits de l’Homme, section de Nice

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