En période de pandémie, les exilé.e.s toujours refoulés en Italie ! Revue de presse

Malgré le coronavirus, la France renvoie des migrants en Italie du Nord, une des zones les plus infectées au monde

Par  Bahar Makooi Publié le : 24/03/2020

La France continue de refouler les migrants à Vintimille, à la frontière avec l’Italie. Sur place, leur prise en charge médicale est difficile car la plupart des associations ont cessé leurs activités à cause de la pandémie de coronavirus. Côté français, une unité médicale continue les maraudes.

En pleine pandémie de coronavirus, les autorités françaises continuent d’accompagner les migrants interceptés sur le territoire français jusqu’à la frontière italienne, vers l’une des régions les plus touchées au monde. “Ils entrent ensuite à pieds en Italie et se dispersent dans la ville, sans être contrôlés et surtout sans savoir s’ils sont, comme nous, porteurs du virus”, alertait samedi 21 mars le maire de Vintimille, ville italienne située à la frontière avec la France, dans le journal italien Il Fatto Quotidiano.

“Deux migrants ont encore été refoulés lundi 16 mars”, indique à InfoMigrants, Agnès Lerolle, en charge d’une mission d’observation conjointe à la frontière franco-italienne entre plusieurs associations (Amnesty International France, la Cimade, Médecins du Monde, Médecins Sans Frontières et le Secours Catholique Caritas France).

“D’autres refoulements ont pu avoir lieu depuis sans qu’on le sache, puisque l’association italienne présente à la frontière pour proposer des repas et orienter les migrants, Kesha Niya, n’a plus le droit de s’y rendre. Ils ont tenté de le faire quand même et ils se sont retrouvés au poste de police” ajoute-elle. Conséquence : depuis mardi 17 mars les observateurs n’ont plus aucune information sur les refoulements.

>> À (re)lire : La France a expulsé des migrants malgré les mesures de lutte contre le coronavirus

Joint par InfoMigrants, la préfecture des Alpes-Maritimes refuse le terme d’expulsion : « Il ne s’agit pas d’une procédure d’expulsion mais d’une procédure de non-admission sur le territoire national ». « L’ensemble des ressortissants étrangers cherchant sans motif légitime à entrer en France doivent désormais faire l’objet d’un refus d’entrée par les autorités françaises », précisent les autorités.

Un numéro vert de Médecins du Monde en Italie

Côté italien, à cause de la pandémie de coronavirus, la plupart des ONG d’aide ont suspendu leurs activités à Vintimille. “Très peu de migrants arrivent, mais ces derniers sont totalement livrés à eux-même dans la ville”, s’inquiète Jacopo Colomba, consultant juridique des ONG Caritas et We World, contacté par InfoMigrants.

À Vintimille, seul subsiste le camp de la Croix-Rouge qui accueille 250 personnes en périphérie de la ville et des équipes réduites de Caritas effectuent des distributions alimentaires et de vêtements à proximité de la gare, à 2 kilomètres du camp. L’équipe française de Médecins du monde, elle, n’est plus autorisée à passer la frontière pour soigner les migrants en Italie.

Un numéro vert a été mise en place par Médecins du monde Italie pour des consultations à distance : 800 905 570 / Lyca : 35 11 37 63 35.

Per tutta la durata dell’emergenza il #NumeroVerde rimarrà attivo, avvalendosi della consulenza dei medici di @MdM_Italie, in collaborazione con @UNICEF, per garantire orientamento ai servizi medico-sanitari.

Il Numero Verde per richiedenti asilo e rifugiati, 800 905 570

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Dans le camp de la Croix-Rouge, un médecin est présent le matin pour les résidents. “Le camp accepte encore de nouveaux migrants !”, signale Jacopo Colomba. Les bénévoles de la Croix-Rouge y ravitaillent les résidents en courses alimentaires pour éviter de multiplier les sorties. Des policiers italiens, postés 24h/24 à l’entrée, contrôlent strictement les autorisations de sortie.

Des migrants enfermés avec 10 personnes dans 10 m2

Le coronavirus a fait plus de 6000 morts en Italie, particulièrement dans cette région du Nord. Le pays est le plus touché au monde. Aussi, l’arrivée de personnes expulsées depuis la France, sans aucun contrôle médical, multiplie les risques de contagion pour les locaux et pour les refoulés.
D’autant que les associations françaises rapportent des conditions d’hygiènes désastreuses pour les migrants retenus à la police aux frontières (PAF) de Menton avant leur expulsion. Il y sont maintenus enfermés, la nuit précédant leur refoulement, dans une très forte promiscuité à l’intérieur de conteneurs de 10 à 15 m2 (constructions mobiles de type algéco).
“Deux constructions de ce type se trouvent à Menton, elles sont accolées au poste de la PAF. De 10 à 15 personnes à y sont habituellement enfermées. À l’intérieur se trouvent des bancs métalliques et c’est tout. Un seul sanitaire et un robinet sont installés dans la cour extérieure”, détaille à InfoMigrants Emilie Pesselier de l’Anafé. “La santé de ces personnes se trouve mise en danger”, alerte l’association d’aide aux étrangers bloqués aux frontières, qui a enjoint les autorités à appliquer des mesures sanitaires spécifiques.

>> À (re)lire : Coronavirus en France : en centre de rétention, « des conditions aux antipodes des préconisations »

“Un cas de fièvre nous a été signalé dans ces conteneurs, quelques nuits avant l’annonce du confinement en France. Ce soir-là, 10 personnes au moins se trouvaient enfermés avec la personne malade”, rapporte Agnès Lerolle. “On ne sait pas ce qu’elles sont devenues”.

D’après la préfecture des Alpes-Maritimes, au vue du faible nombre de personnes interceptées à la frontière franco-italienne ces derniers jours, « les remises aux autorités Italiennes ont lieu immédiatement »Ces fameux conteneurs seraient donc vides.
Les autorités ajoutent avoir équipé « l’espace de mise à l’abri de Menton Saint-Louis » de savon et d’eau. « Les consignes sur les gestes barrière sont énoncées. En cas de personnes se déclarant malades ou présentant des symptômes, un appel au 15 est immédiatement réalisé pour les conduites à tenir », précise la préfecture.

Les permanences gratuites d’accès aux soins de santé des Hautes-Alpes fermées

L’inquiétude pour l’état de santé des migrants face au coronavirus se fait d’autant plus grande que dans certains départements avoisinant la frontière, commes les Hautes-Alpes, les permanences gratuites d’accès aux soins de santé (PASS) ont fermé leurs portes, indique à InfoMigrants Carla Melki, de Médecins du monde.

À défaut, les équipes de l’ONG appuyées par l’autorité régionale de santé ont mis en place une unité mobile, avec des maraudes médicalisées. Un médecin, un médiateur et une infirmière se déplacent sur tout le département, entre le Refuge solidaire et le squat Saint-Marcel de Briançon, ainsi qu’un squat de Gap. “Pour le moment, nous ne nous rendons plus à la frontière car les arrivées se sont taries mais nous pourrions nous redéployer en fonction des traversées”, précise Carla Melki. Un numéro d’urgence a été mis en place pour joindre l’unité mobile de Médecins du monde côté français : 00 33 6 98 26 30 58


Vu d’Italie.

Malgré le coronavirus, la France continue de refouler les migrants à Vintimille

Publié le 22/03/2020 – 11:30

À la frontière franco-italienne, en pleine pandémie de Covid-19, les migrants sont plus que jamais livrés à eux-mêmes, rapporte Il Fatto Quotidiano.

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”On les a vus arriver à pied depuis la frontière française, sans protection et sans savoir où aller.” Même en pleine pandémie de coronavirus, les rejets de migrants par les autorités françaises se poursuivent à Vintimille, rapporte Il Fatto Quotidiano.

Jacopo Colomba, consultant juridique des ONG Caritas et We World, a ainsi raconté au quotidien italien avoir apporté son aide à “sept Kurdes irakiens”, dont trois “avaient un masque, signe qu’ils avaient déjà été pris en charge par quelqu’un ces dernières semaines. Je les ai dirigés vers le camp de la Croix-Rouge voisin, la seule chose que je pouvais faire”.

Risque de contagion massive

Le maire de Vintimille, Gaetano Scullino, a alerté la préfecture de la province d’Imperia :

Les autorités françaises continuent d’accompagner les migrants interceptés sur le territoire français jusqu’à la frontière italienne. Ils entrent ensuite à pied en Italie et se dispersent dans la ville, sans être contrôlés et surtout sans savoir s’ils sont, comme nous, porteurs du virus.”

Selon Il Fatto Qotidiano, la situation à Vintimille est aujourd’hui “moins explosive qu’en 2015-2016, lorsque des milliers de personnes avaient rejoint la ville frontalière dans l’espoir de traverser la frontière”. Pour l’instant, le camp de la Croix-Rouge accueille environ 250 personnes, mais ce nombre “ne peut pas augmenter davantage en raison des précautions à prendre pour éviter une contagion massive” au nouveau coronavirus.

Le quotidien indique également que, par précaution, les autorités italiennes ont “cessé d’identifier et de prendre les empreintes digitales des personnes qui traversent la frontière”, ce qui, selon les ONG, “laisse les migrants encore plus abandonnés à eux-mêmes”. Et déplore que les opérations d’expulsion menées en France exposent les migrants “à de plus grands risques de contagion, car elles se déroulent sans les précautions nécessaires”.

Selon Jacopo Colomba, avant d’être reconduits à la frontière, les migrants interceptés passent généralement la nuit “dans un commissariat de police, tous dans la même pièce” :

Si l’un d’entre eux était positif au Covid-19, vous comprenez que les autres seraient facilement contaminés.”


  • La DCPAF (Direction centrale de la police aux frontirèes) a informé l’Anafé aujourd’hui, suite à son interpellation la semaine dernière, des « nouvelles » instructions données en raison du coronavirus (cela concerne aussi bien les frontières externes qu’internes) – Circulaire : http://circulaires.legifrance.gouv.fr/pdf/2020/03/cir_44947.pdf

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