DOSSIER RIACE

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PRESENTATION:   Riace par Wikipédia

Riace est une commune italienne de la province de Reggio de Calabre dans la région Calabre.

Riace est devenue célèbre pour les « bronzes » auxquels elle donne son nom, les Bronzes de Riace, deux sculptures grecques datées du Ve siècle av. J.-C. et découvertes en 1972 au large de la commune, mais qui ont quitté la commune pour un musée.
Elle s’est aussi fait connaître en accueillant depuis 1998 de nombreux réfugiés ou immigrés, ce qui lui a permis de relancer sa démographie alors que le village perdait sa population. Le maire, Domenico Lucano a rouvert les maisons inoccupées pour donner un toit aux réfugiés afghans, kurdes ou érythréens qui fuyaient les conflits et la misère.

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En juillet 1998, les habitants ouvrent leurs portes et le village à 200 Kurdes d’une embarcation échouée sur leur côte, Domenico Lucano, l’actuel maire, tente de faire revivre le village, fortement affecté par l’exode rural, en intégrant les demandeurs d’asile. Ce projet s’appelle Città futura. Plus de 200 réfugiés vivent désormais à Riace. L’école qui avait fermé en 2000 a maintenant rouvert. L’Etat italien donne 20 euros par jour pour les réfugiés, ce qui lui revient moins cher que des centres de rétention. La ‘Ndrangheta, la mafia calabraise, semble toutefois peu favorable au projet.

 

Une association identifie les logements vides et les restaure pour y accueillir des réfugiés. Les subventions aux demandeurs d’asile tardent toujours, aussi la commune a-t-elle créé une monnaie locale (à l’effigie de Gandhi, Luther King ou Che Guevara) qui est librement utilisée dans le village, et quand l’argent arrive, les magasins sont réglés directement par la mairie2. Cependant, face au retard des paiements, le maire entre en grève de la faim en juillet 2012.

Six mille réfugiés sont passés par le village au fil des années.

En 2011, de nombreux Tunisiens ont débarqué à Lampedusa où ils sont rejetés. La commune de Riace, surnommée « le village des migrants », a annoncé au gouvernement être prête à en accueillir une partie. Une quarantaine de villes et villages des alentours se sont également proposées.

Le 1er octobre 2018, le maire du village, Domenico Lucano, a été arrêté et placé en arrêt. Il est soupçonné d’aide à l’immigration clandestine, d’irrégularités dans l’attribution de financements pour le ramassage des ordures à Riace et d’organisation de mariages blancs entre les habitants du village et des migrants.

COMMUNIQUE DE PRESSE DU 6 OCTOBRE 2018

Déplacement d’élus français en Italie en soutien au maire de Riace

Esther Benbassa, Sénatrice écologiste de Paris et Antoinette Guhl, Adjointe EELV à la Maire de Paris chargée de l’Economie sociale et solidaire,  organisent un déplacement les 07 et 08 novembre en Italie, afin d’apporter leur soutien à Domenico Lucano, Maire de Riace (Calabre). Elles seront accompagnées d’une délégation des diverses gauches, composée de Clémentine Autain, Députée La France Insoumise de Seine-Saint-Denis, Jacques Boutault, Maire EELV du 2ème arrondissement de Paris, Bénédicte Monville de Cecco, conseillère régionale écologiste (France Insoumise) d’Ile-De-France, ainsi que de Sophie Taille-Polian, Sénatrice Génération.S du Val-De-Marne.

Le Maire Domenico Lucano a été récemment arrêté , puis placé aux arrêts domiciliaires. Il a été accusé d’aide à l’immigration clandestine par les autorités italiennes.Il est désormais interdit de séjour dans son village. Riace est devenu un symbole de l’accueil des migrants, après avoir été revitalisé et redynamisé tant socialement qu’économiquement , par l’arrivée de ressortissants étrangers dans la commune.En permettant depuis 1998 l’intégration des exilé.es par l’hébergement et le travail aux côtés des citoyens italiens, Domenico Lucano a développé un projet d’insertion aux antipodes des positions xénophobes du Ministre de l’Intérieur italien, Matteo Salvini.  Ce déplacement sera l’occasion pour la délégation d’élu.es de rencontrer D. Lucano, le 08 novembre au matin, dans la petite ville de Caulonia. Il est ensuite prévu qu’ils se rendent dans le village de Riace. Dans le contexte d’une véritable crise européenne de l’accueil en matière de migration, il a semblé important pour la délégation de venir apporter son soutien déterminé à Domenico Lucano et au village de Riace.

Contact  : +33 685 806 859  et +33 624 652 123

 

L’Humanité du 12/11/2018: Compte-rendu de visite à Riace

https://www.humanite.fr/italie-apres-larrestation-de-son-maire-riace-se-vide-de-ses-migrants-663462

Le 6 octobre, quelque 5 000 personnes convergent vers la maison de Domenico Lucano, en signe de solidarité. M. Hirzel/Haytham-Réa

Le 6 octobre, quelque 5 000 personnes convergent vers la maison de Domenico Lucano, en signe de solidarité. M. Hirzel/Haytham-Réa

Italie. Après l’arrestation de son maire, Riace se vide de ses migrants

Lundi, 12 Novembre, 2018

Depuis 1998, cette ville de Calabre a réussi à redynamiser son bourg en accueillant les exilés. L’édile a été suspendu de son mandat le 2 octobre. Le gouvernement a coupé les crédits. Les réfugiés vont être transférés dans la péninsule.

Il est 13 h 30 et un petit bus jaune arrive sur la place du bourg de Riace, face à la mairie. L’école est finie. Des petites têtes descendent. Elles ne sont pas que blondes. Elles sont brunes. Elles sont aussi noires aux cheveux crépus. Très vite, deux fillettes d’origine africaine s’en vont courir dans la rue centrale, faisant rouler à grand bruit leurs cartables sur les pavés. Il s’agit d’une scène de vie, d’une irruption de la jeunesse inhabituelle pour un petit village de Calabre. Dans cette région du sud de l’Italie, les centres-villes des bourgs perchés sur les collines comme Riace n’ont souvent plus que cinq ou dix résidents vieillissants. Avec des taux de chômage de plus de 20 %, l’heure est à l’exil vers le nord du pays ou à l’étranger, en quête d’un emploi. À Riace, il reste plusieurs centaines de résidents.

Cela, on le doit à un homme, Domenico Lucano, qu’affectueusement tous appellent Mimmo. Il est le maire de Riace depuis 2004. Sa recette pour relancer la vie du village : l’accueil des migrants. Tout commence en 1998, quand un navire de Kurdes s’échoue sur la plage, à quelques kilomètres du bourg. Domenico Lucano assiste à la scène, et leur vient en aide. En rencontrant un réfugié membre du Parti des travailleurs kurdes, il lance une association, Città futura, qui installe dans des logements vides des exilés. Ces habitations sont ceux de citoyens de Riace, partis en quête d’un emploi. L’activité reprend dans le bourg, où ne vivent plus que 300 personnes originaires de Riace, et parfois 150 migrants.

« Aucun être humain ne devrait être considéré comme clandestin »

Dans la mairie, sur la porte du bureau du maire, un panneau qui en dit long sur l’idée de démocratie de celui qui administre 1 700 âmes. « Horaires d’ouverture au public : on reçoit les citoyens à toute heure ». Enfin, on devrait dire « on recevait ». Car, le 2 octobre, Mimmo a été arrêté, placé le lendemain aux arrêts domiciliaires et suspendu de son mandat de maire. La justice lui interdit désormais de se rendre dans son village.

Jeudi dernier, une délégation d’élus français, à l’initiative de la sénatrice de Paris Europe Écologie-les Verts Esther Benbassa, est venue le soutenir (1). Non loin de Riace, à Caulonia, où il s’est réfugié, Mimmo Lucano leur explique ce qui lui est reproché. « On m’accuse de favoriser l’immigration clandestine. Mais ce sont ces mots qui sont des délits : aucun être humain ne devrait être considéré comme clandestin », explique-t-il. L’enquête porte sur deux choses. Il aurait célébré un mariage entre une jeune Nigériane et un jeune du village, pour les papiers. « Ce mariage est parfaitement légal », assure-t-il. Il est accusé de ne pas avoir respecté les règles d’attribution du marché du ramassage des ordures à une coopérative où travaillent migrants et non-migrants. « Il nous est reproché de ne pas avoir inscrit ces coopératives au registre de coopératives de la région. Or, à l’époque, un tel registre n’existait pas », se défend-il. À l’heure où le gouvernement des démagogue Luigi Di Maio et xénophobe Matteo Salvini tient les rênes de l’Italie, l’arrestation de Mimmo a ému tous les démocrates italiens, et singulièrement les militants de gauche. Car Riace est le théâtre d’une expérience très originale. L’arrivée des migrants s’est accompagnée d’un essor des services publics, recette gagnante pour que l’accueil des migrants se fasse dans de bonnes conditions. Il en est ainsi de la récolte des déchets, une juteuse affaire dans d’autres lieux du sud de l’Italie pour la criminalité organisée. Avec Mimmo Lucano, le ramassage des ordures se fait à dos d’âne. Le coût de l’entretien des équidés est de 1 500 euros annuels par tête, moins qu’un véhicule motorisé. Cela permet de passer dans toutes les ruelles étroites. Ces services publics sont financés pour partie avec l’argent attribué par l’État pour accueillir les migrants. Une partie de cet argent a été utilisée, ainsi, pour faire des forages, qui ont permis la création d’une régie publique de l’eau, livrée gratuitement aux habitants.

Il a évité la bétonnisation de la côte convoitée par la ’Ndrangheta

« Riace est la seule des villes à accueillir des migrants à être attaquée. Car elle montre qu’avec les subventions elle parvient à financer l’accueil des migrants, leur intégration, et d’autres projets qui bénéficient à la population, quand d’autres structures – mairies ou associations – peinent à faire mieux que le simple accueil », explique Francesco Saccomanno, secrétaire provincial du Parti de la refondation communiste. Dans toute la ville, les réalisations dues à l’accueil des exilés sont visibles. Des potagers éducatifs pour permettre aux jeunes et aux migrants d’apprendre la culture des légumes et l’élevage, un moulin à huile collectif, un centre de santé gratuit… La liste est longue. Et c’est sans compter le renouveau de la vie du centre : des boutiques colorées ont ouvert, un restaurant s’est réinstallé. « Mon projet est bien plus large que le seul accueil des migrants », se plaît à dire Mimmo Lucano, qui a permis d’éviter la bétonnisation à marche forcée de la côte, convoitée par la criminalité organisée. Le maire de Riace fait partie de ces quelques édiles qui, comme son homologue de Naples, Luigi De Magistris, porte le flambeau d’une gauche qui manque cruellement de visibilité.

Ce jeudi, il y a quelques personnes sur la place du village. Un gigantesque panneau avec des dessins africains donne à voir le métissage de la ville. Un autre liste la douzaine de nationalités présentes dans le bourg. Et derrière, trois migrants sont assis sur un muret. L’un est ghanéen, les deux autres nigérians. « Cela fait neuf mois que je ne trouve plus de travail », se plaint Tony, un Ghanéen qui a d’autant plus besoin d’une activité qu’il doit entretenir sa famille. « Avant, on nous donnait des “bonos”, de la monnaie locale pour subvenir à nos besoins. Mais c’est fini », déplore-t-il. Tous les trois ont été convoqués, ils vont devoir aller dans une autre ville. Le Sprar, le centre d’accueil, dont font partie les migrants de Riace, vient d’être fermé par le gouvernement actuel.

Il y a deux ans déjà, le centre gauche au pouvoir avait suspendu les fonds versés au Sprar de Riace, qui permettaient de financer l’accueil solidaire. Cela a mis l’écosystème en crise : les associations ne peuvent plus payer les fournisseurs, ni les loyers des logements où se trouvent les migrants, ni les repas de ces derniers. Les associations ont fait avec leurs propres moyens, mais 2 millions d’euros ont été engagés, qui ne seront jamais remboursés. Sur les 76 migrants pris en charge par le centre d’accueil à ciel ouvert de Riace, 66 vont devoir s’en aller vers d’autres Sprar de la péninsule, auxquels le gouvernement Ligue-Mouvement 5 étoiles vient cette semaine d’annoncer une baisse drastique des crédits. Les 10 autres se maintiendront à Riace, pris en charge par les associations locales. Mais d’autres anciens réfugiés resteront dans la région. « Ils ont trouvé ces dernières années un travail et se sont installés. Ils sont pleinement des Riacesi », se réjouit Vincenzo, qui a enseigné l’italien aux migrants.

(1) La délégation était composée également des élus EELV Jacques Boutault (maire du 2e arrondissement de Paris) et Antoinette Guhl (adjointe à Paris), de la sénatrice Génération.s Sophie Taillé-Polian, des élus France insoumise Clémentine Autain (députée) et Bénédicte Monville de Cecco (conseillère régionale d’Île-de-France).
Gaël De Santis

Photo : Max Rossi/Reuters

Photo : Max Rossi/Reuters

Domenico Lucano : « Nous avons cherché à construire le meilleur des mondes »

https://www.humanite.fr/nous-avons-cherche-construire-le-meilleur-des-mondes-663463
Lundi, 12 Novembre, 2018

Le maire de Riace, Domenico Lucano, est poursuivi à la suite de sa politique d’accueil des migrants. Sa position est un exemple pour l’Italie. Entretien.

Imaginiez-vous que, en menant une politique d’accueil des migrants, la justice pourrait, un jour, vous expulser de votre propre village ?

Domenico Lucano Non. On m’accuse d’avoir célébré un mariage entre une femme nigériane et un jeune de Riace, et d’avoir confié irrégulièrement la récolte des déchets à une coopérative. Concernant la période des faits dont on m’accuse, le gouvernement italien s’est rendu complice de faits bien plus graves. À l’époque, le ministre de l’Intérieur, Marco Minniti (Parti démocrate, PD), se vantait d’avoir tari les flux de migrants. Mais il ne disait pas que l’Italie signait, à l’époque, des accords cachés avec les chefs de clan libyens pour mettre les migrants qui souhaitaient rejoindre l’Europe dans des camps en Libye. Je sais, par ce que m’en disent les migrants, avec lesquels je discute au village, dans la rue ou quand je mange chez eux, quelles sont les conditions dans ces camps. Ce gouvernement fait des choses qui rappellent ce que Benito Mussolini faisait pendant la guerre d’Abyssinie (en Éthiopie, en 1935-1936), quand les Africains étaient confinés dans des camps.

A-t-on affaire, dans votre cas, à une répression politique ?

Domenico Lucano Aussi.

Quelle est la recette qui a permis de faire vivre ensemble ceux qui arrivent et ceux qui sont déjà là ?

Domenico Lucano Au début, nous avons eu affaire à un accueil spontané, sans aide de l’État. Mais, il y a eu une période où de nombreux habitants de Riace quittaient le village. Cela a redonné l’espoir d’un futur pour notre cité et a produit un sursaut sur le territoire. Cette situation a été ­rendue possible en restant humains et normaux.

Vous dites votre projet plus large que le seul accueil des migrants…

Domenico Lucano L’accueil nous a permis de reconstruire une communauté villageoise qui s’éteignait. Il nous a permis de relancer de nombreux services et de redonner du sens à ce qu’est être une communauté. Sur le plan culturel, on a activé un processus qui a mis de côté la criminalité organisée, en utilisant des biens confisqués à la ’Ndrangheta. L’eau est devenue un bien public. Localement, nous avons cherché à construire le meilleur des mondes possibles.

Entretien réalisé par G. D. S.
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RIACE, un village italien devient lieu d’accueil pour les réfugiés

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